Les méthodes éprouvées de Monsanto

Aux début des années 1980, les Industrial Bio-Test Labs (IBT) de Northbrook, dont l’un des dirigeants était le docteur Paul Wright, toxicologue chez Monsanto recruté pour superviser une étude sur les effets sanitaires du PCB, subit un procès retentissant pour manipulation d’études.

Or IBT, était l’un des principaux laboratoires chargés de la réalisation des tests sur les pesticides pour le compte en vue de leur homologation. En fouillant dans les archives du laboratoire, les agents de l’EPA ont découvert que des dizaines d’études présentaient de « sérieuses déficiences et incorrections », pour reprendre le langage prudent de la maison. Ils ont notamment constaté une « falsification routinière des données », destinée à cacher un « nombre infini de morts chez les rats et souris » testés .
Parmi, les études biaisées se trouvaient trente tests conduits sur le glyphosate [2].

« Il est difficile de ne pas douter de l’intégrité scientifique de l’étude, notait ainsi en 1978 un toxicologue de l’EPA, notamment quand les chercheurs d’IBT expliquent qu’ils ont conduit un examen histologique des utérus prélevés sur des… lapins mâles [3].

Le résultat de toutes ces manipulations est que l’EPA a déclaré sains des pesticides dont la non toxicité n’a jamais été prouvée avec certitude et qui pourraient mettre en danger la santé des utilisateurs et des consommateurs.
Toutes ces inquiétudes seront balayées d’un revers de la main par Linda Fisher, la Directrice adjointe de la Division des pesticides et des substances toxiques, qui déclare à la presse à propos de cette affaire : « Nous ne pensons pas qu’il y ait un problème environnemental ou sanitaire. Bien que ce ne soit que des allégations, nous allons prendre dès maintenant des mesures préventives. »

Après le scandale, l’EPA avait exigé que les tests incriminés soient « répétés », mais comme le soulignait en 1998 Caroline Cox dans le Journal of Pesticide Reform, cette « fraude jette une ombre sur tout le processus d’homologation des pesticides » [4]

Linda Fisher effectuera un travail si efficace qu’en 1995, après dix ans de service pour l’EPA, elle se verra offrir un poste au sein de Monsanto. Grâce au jeu des « portes tournantes », Mme Fisher est désormais à la tête du bureau de Monsanto à Washington, en charge du lobbying auprès des décideurs politiques.
En 2001, Monsanto décide de la rendre à l’EPA, où elle occupera le siège d’Administrateur en Chef (« deputy administrator »), la plaçant en seconde position dans la hiérarchie de l’agence. Depuis 2004, Linda Fisher est vice-présidente de la compagnie chimique Dupont. Mme Fisher représente un parfait exemple de carrière basée sur les « chaises musicales » : une même personne occupe à tour de rôle le poste de régulateur public d’une activité industrielle et des postes dans le secteur privé concerné par ladite régulation. La loi américaine ne reconnait aucun conflit d’intérêt dans ce genre de comportement, largement institutionnalisé dans le pays.

[1] Anneclaire J. DE ROOS et alii, « Integrative assessment of multiple pesticides as risk factors for non-Hodgkin’s lymphoma among men », Occupational Environmental Medecine, vol. 60, n° 9, 2005.

.Anneclaire J. DE ROOS et alii, « Cancer incidence among glyphosate-exposed pesticide applicators in the agricultural health study », Environmental Health Perspectives, vol. 113, 2005, p. 49-54.
Julie MARC, Odile MULNER-LORILLON et Robert BELLE, « Glyphosate-based pesticides affect cell cycle regulation », Biology of the Cell, vol. 96, 2004, p. 245-249.
Julie MARC, Effets toxiques d’herbicides à base de glyphosate sur la régulation du cycle cellulaire et le développement précoce en utilisant l’embryon d’oursin, université de biologie de Rennes, 10 septembre 2004.

[2] EPA, Office of Pesticides and Toxic Substances, Summary of the IBT Review Program, Washington, juillet 1983.

[3] EPA, Data Validation. Memo from K. Locke, Toxicology Branch, to R. Taylor, Registration Branch, Washington, 9 août 1978

[4] Caroline COX, « Glyphosate Factsheet », Journal of Pesticide Reform, vol. 108, n° 3, automne 1998, .

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