JARDINAGE Sans pesticides : une question de culture

Partenaires d’un nouveau label, des jardineries picardes s’engagent à orienter les amateurs vers des pratiques plus naturelles.

Accrocs aux phytos, cultivez un autre état d’esprit ! Alors que les pesticides vont être interdits aux particuliers, les pouvoirs publics de la région Picardie ont paraphé, le 29 mars 2016, en pleine semaine mondiale des alternatives aux pesticides, la nouvelle charte « Jardiner en préservant sa santé et l’environnement ».

Soutenu par le conseil régional, les Agences de l’eau et les Fédérations régionales de défense contre les organismes nuisibles (FREDON), ce label vise à orienter les jardiniers amateurs vers des techniques plus naturelles, en s’appuyant sur les jardineries. Lesquelles s’engagent, en gros, à encourager le binage plutôt que les glyphosates contre les mauvaises herbes. En Picardie, six arborent désormais le fameux épouvantail (mais pas encore de surfaces de bricolages…) Des collectivités picardes aussi, dont les agglos du Beauvaisis et de la Région de Compiègne.

Les agriculteurs restent les premiers utilisateurs d’herbicides, fongicides et insecticides. Mais la France compte aussi 17 millions de jardiniers, qui trop souvent surdosent les produits phytosanitaires. D’où l’intérêt de recourir aux enseignes commerciales. Lesquelles s’engagent aussi, avec la charte, à ne plus vendre de plantes exotiques envahissantes.

Savon noir contre les pucerons

Des solutions alternatives, il en existe des tas. Pas forcément plus économique. Mais plus saines en tout cas. Chez Hocquet distribution à Drucat (près d’Abbeville), partenaire de la charte, la gérante Véronique Hocquet conseille plus que jamais «  les solutions à base d’extraits de plantes, le filet anti-insectes contre la mouche de la carotte, et même le bon vieux savon noir comme piège à pucerons  ».

Tous en sont conscients, changer les pratiques prendra du temps. «  Les plus âgés ont toujours été habitués aux phyto  », constate Véronique Hocquet. «  Ils ne comprennent pas pourquoi ils n’ont plus droit à certains produits, alors que les agriculteurs, eux, le peuvent encore. Sauf que les professionnels, ils sont formés, tracés. Ils n’en dispersent plus n’importe comment  .»

«  On n’a jamais autant vendu de produits Roundup qu’au lendemain de l’annonce par Ségolène Royale de son intention de les interdire  », se souvient pour sa part Christophe Mancaux, le directeur du magasin Truffaut à Amiens-Longueau, où les « phytos » se trouvent désormais derrière un comptoir et délivré par un conseiller titulaire d’un « certi-phyto ». Christophe Mancaux se montre plutôt optimiste. «  Même les concours de villages fleuris intègrent dans leur règlement l’abandon de ces produits.  »

Reste que le plan « Ecophyto », censé réduire de 50 % d’ici 2018 l’usage des pesticides, est un échec. La consommation a même augmenté en 2014 ! Y compris chez les particuliers, qui en ont consommé 5000 tonnes. Les conséquences ne peuvent plus être ignorées. «  On observe dans l’eau des résidus d’atrazine, pourtant interdit il y a 15 ans. Nous gérons les problèmes d’il y a 30 ans  », atteste Olivier Thibault, le directeur de l’Agence de l’eau Artois-Picardie. «  Les pesticides d’aujourd’hui, on les retrouvera en 2040  », prolonge son homologue de Seine-Normandie.

Une réalité qui inquiète Véronique Hocquet : «  Que va-t-on laisser à nos enfants ?  »

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A SAVOIR

>>>1er janvier 2017 : Interdiction de l’usage des produits phytosanitaires par les organismes publics et de la vente libre pour les jardiniers amateurs.

>>>1er septembre 2018 : Interdiction des produits néonicotinoïdes, tueurs d’abeille et d’insectes pollinisateurs. La loi a été votée à l’Assemblée le 17 mars dernier.

>>> 1er janvier 2019 : Interdiction totale de la détention et de commercialisation de produits phytos à usage non professionnel.

 

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